Violences Basées sur le Genre : Phénomène couvé et nourri par un silence complice

Assise sur une natte en plastique, Ziza nous racontait son histoire…

Au Niger, les Violences Basées sur le Genre (VBG) demeurent une préoccupation majeure, en dépit des efforts multipliés par l’Etat et ses partenaires pour éradiquer le phénomène. Dans notre pays, la prévalence globale des VBG au cours de la vie est de 29,0%, soit 38, 2% chez les femmes et 16,3% chez les hommes, selon une étude réalisée en 2021. Les violences physiques, psychologiques, économiques et sexuelles qui en sont parmi les formes les plus courantes, touchent majoritairement les personnes en situation de handicap, les femmes, les mineurs, les enfants et même les nourrissons. Elles sont malheureusement favorisées par plusieurs facteurs ancrés dans les normes socioculturelles. Parmi les facteurs favorables aux VBG, il y a surtout le silence des victimes et leurs proches.

Ce silence complice est à l’origine de l’impunité des auteurs et leur récidive. Cela complique considérablement la vie à plusieurs mineurs, à plusieurs survivants dont Ziza (c’est ainsi que nous appelons la victime pour respecter son anonymat), une petite fille de la Commune de Tabalak dans la région de Tahoua, victime de viol incestueux. Cette forfaiture majeure perpétrée sur l’adolescente d’à peine 14 ans, a inopportunément été suivie de grossesse.

Située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tahoua, Tabalak se reconnait par le magnifique cours d’eau qui la borde à l’Est, la fameuse mare Fallé, ainsi que la chaine de dunes de sable qui se dresse en fortification à l’Ouest du village. Assise sur une natte en plastique à l’ombre clairsemée d’un arbre, Ziza nous racontait à mi-voix le viol incestueux dont elle a été victime, l’abomination que son demi-frère l’avait fait subir à un moment où elle traversait déjà des douloureuses épreuves suite au décès de son père et à l’expulsion de sa mère du domicile du défunt.

Le soleil était déjà près de zénith. La chandelle céleste qu’aucun nuage n’a osé défier en cette matinée de mai, donne un éclat argenté à Fallé qui brille comme une perle de dentelle naturelle. Entre les merveilles naturelles de Tabalak et la silhouette profondément meurtrie de Ziza, le contraste est saisissant. L’adolescente est visiblement meurtrie aussi bien dans le corps que dans l’âme, elle est moralement désaxée.

L’inaction, subtile autorisation de violer…

Selon les dires de Ziza, son demi-frère s’est nuitamment introduit dans la chambre de la victime où celle-ci dormait avec ses petits frères. L’incesteur chasse ces derniers de la chambre avant de mettre à exécution son dessein immoral en menaçant Ziza avec un couteau. « Après avoir chassé mes petits frères de la chambre, il m’a intimé de le laisser m’enceinter, en brandissant son couteau. Je lui ai dit d’aller plutôt enceinter sa femme, comme il est marié. Il a fini par me violer », murmure-t-elle amèrement.

Après ce premier acte abominable, Ziza garde le silence dans la souffrance sous la menace de l’incesteur. Pour protéger son fils des éventuels regards réprobateurs de la communauté, la mère du demi-frère de Ziza préférait étouffer l’affaire sous le silence, sans daigner prendre parallèlement des mesures pour mettre la victime à l’abri du violeur. Celui-alors répétait sa forfaiture, à plusieurs reprises. « Il était fréquemment revenu dans notre chambre pour me violer, finalement je suis tombée enceinte », confie l’adolescente avec une voix submergée de chagrin. Après ces mots surchargés de douleurs intimes, Ziza rivait son regard au sol, un regard humecté de la douleur et la colère en ébullition au fond de son cœur.

L’inconnu, ultime espoir de Ziza

Au terme de sa grossesse, l’adolescente, malgré son jeune âge, a accouché à domicile, au milieu de ceux-là mêmes qui sont à l’origine de son malheur indicible. Loin de sa mère et de toute autre personne attentionnée à son égard, la mère adolescente a préféré quitter le lieu pour marcher à tâtons sur l’obscur sentier de survie qu’elle perçoit subtilement entre le dégoût qu’elle éprouve pour son environnement infernal et le désir de s’accrocher aux maigres souffles qui la retiennent encore en vie. Elle s’est retrouvée errante dans les locaux de la mairie d’un arrondissement communal de la ville de Tahoua, avec son bébé serré contre la poitrine. « Sa fréquence dans les locaux de la mairie a attiré l’attention de l’Administrateur Délégué qui s’est ensuite enquis des préoccupations de la mère adolescente », a témoigné le point focal genre de Tabalak, Mme Malika Moussa, laissant percevoir la gravité de la situation à travers un ton insistant. « L’Administrateur Délégué concerné a contacté son homologue de Tabalak pour lui faire part de cette situation préoccupante », a-t-elle poursuivi. A son tour, l’Administrateur Délégué de Tabalak a pris les dispositions nécessaires, pour accueillir Ziza et son enfant, en synergie avec les services en charge de la protection de l’enfant. L’adolescente s’est enfin retrouvée avec sa mère et bénéficie désormais de l’attention et des sollicitudes dont elle avait été longtemps sevrée.     

La nécessité d’une synergie plus poussée entre les acteurs

« La douleur est un fruit : Dieu ne le fait pas croitre sur la branche trop faible encore pour le porter », disait Victor Hugo dans un de ses célèbres poèmes. Mais, force est de constater que la douleur produite par les viols incestueux perpétrés sur Ziza se compare à une grappe de fruits très lourds qui s’acharne à rompre brutalement la branche qui la porte. Toutes choses qui mettent en évidence l’urgence d’une synergie d’efforts plus accrue entre l’Etat, les leaders coutumiers, les communautés et les partenaires, pour mettre fin à ce phénomène dont se meurent plusieurs personnes vulnérables et surtout innocentes. A cet effet, il est tout aussi nécessaire de sensibiliser et rassurer davantage les populations, afin de rompre chez les victimes et leurs proches, ce silence complice qui, dans une certaine mesure, sert de forteresse au phénomène. Par ailleurs, la lutte pour l’éradication des VBG ne sauraient exclure de recherches approfondies pour déterminer les motivations réelles et spécifiques des auteurs de ces abominations multiformes.

Boubakar Hamani LONTO

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