Interview :

« Les interventions de ProDAF et PRECIS touchent actuellement, 411 415 ménages, soit 2 879 910 personnes vivant dans les zones rurales des régions de Maradi, de Tahoua, de Zinder et de Dosso »

M. Boubacar Altiné, Coordonnateur de la CENRAT

LA PATRIE : Monsieur le Coordonnateur, comment se portent vos Projets et Programmes, notamment le ProDAF et le PRECIS, à la date d’aujourd’hui et quelles sont vos régions d’intervention ?

    M. Boubacar Altiné, Coordonnateur de la CENRAT : Tout d’abord, j’adresse mes remerciements au journal « LA PATRIE » pour cette opportunité qu’il m’offre pour informer le public sur nos projets et programmes relevant du portefeuille de la Coopération entre le Niger et certains bailleurs sous le leadership du Fonds International de Développement Agricole (FIDA).

    Pour l’histoire, la Coopération entre le Niger et le FIDA est vieille de presque un demi-siècle, les premières interventions remontent aux   années 1980 et  les actions étaient à cette période concentrées dans le poste administratif de Badaguichiri dans le département d’Iléla avec le Projet Badaguichiri et dans l’Arrondissement de Aguié avec le projet Aguié avant de s’étendre sur les localités de Diffa, de Ouallam, de Loga, de Illéla, de Tchintabaraden, de Tchirozérine et de Tillaberi avec le programme spécial Phases I et II dont les domaines d’intervention étaient l’hydraulique villageoise, l’éducation (construction de classes), la récupération des terres et l’appui à la production agricole.

    L’objectif est non seulement de rendre effective la souveraineté alimentaire des communautés, mais également de générer des surplus de production pour alimenter les marchés ruraux, les centres urbains de consommation, voire les marchés transfrontaliers. Cette dynamique contribue ainsi à la création de richesses locales, au développement des chaînes de valeur agricoles, à l’amélioration des revenus des ménages ruraux et au renforcement de la résilience économique et sociale des communautés bénéficiaires.

    Pour revenir à la question relative à la situation actuelle de ces deux projets, deux dimensions sont à distinguer :

    • La première concerne les zones d’intervention, les ambitions en termes de cibles et de réalisations, les moyens financiers et humains mobilisés ainsi que les délais de mise en œuvre ;
    • La deuxième porte sur les réalisations concrètes, les changements perceptibles sur le terrain ainsi que sur les ressentis des populations bénéficiaires et des pouvoirs publics.

    Relativement à la première dimension, les deux projets couvrent quatre régions qui sont Maradi, Tahoua, Dosso et Zinder. Ils touchent essentiellement la bande sud du pays, avec une continuité territoriale des interventions dans cette zone, ainsi qu’une relative remontée en zone pastorale dans le cadre du PRECIS, dont les interventions ont démarré en 2021.

    Actuellement, ce sont 411 415 ménages, soit 2 879 910 personnes vivant dans les zones rurales des régions de Maradi, de Tahoua, de Zinder et de Dosso, qui sont concernés par les interventions de ces projets.

    En termes d’enveloppe financière, il s’agit de près de 286 818 034 de dollars US, soit 166 797 474 488 francs CFA de financement planifié au titre de ces deux projets. Le ProDAF a commencé ses interventions en 2016 tandis que celles du PRECIS ont démarré en 2021, avec des ambitions fortes en matière de transformation durable des systèmes de production, de renforcement de la résilience face aux chocs climatiques, d’amélioration des conditions de vie des populations rurales et de développement des infrastructures socio-économiques de base.

    Les activités mises en œuvre portent essentiellement sur :

    • La protection des bassins versants ;
    • L’aménagement des bassins de production ;
    • Le renforcement des capacités des producteurs ruraux ;
    • La mobilisation et la maîtrise de l’eau ;
    • La construction d’infrastructures de marché ;
    • Le désenclavement des bassins de production à travers la réalisation de pistes rurales.

    Les dispositifs d’exécution mis en place traduisent également cette ambition, avec des Unités Régionales de Gestion de Projet dotées d’une autonomie de gestion technique, administrative et financière permettant une plus grande proximité avec les bénéficiaires et une meilleure réactivité dans l’implémentation des activités.

    S’agissant des durées de mise en œuvre, le ProDAF a été initialement formulé et exécuté sur une période de huit ans, de 2015 à 2023. Toutefois, au regard des résultats probants obtenus et des impacts positifs enregistrés sur le terrain, le programme a bénéficié en 2024 de financements additionnels d’un montant de 40 millions de dollars US, accompagnés d’une prorogation de trois années supplémentaires ainsi que d’une extension géographique à la région de Dosso.

    Concernant le PRECIS, il s’agit d’un projet cofinancé principalement par deux partenaires, le FIDA et la Banque Africaine de Développement (BAD). L’exécution des financements du FIDA couvre une période de six ans, de 2021 à 2026, tandis que celle de la BAD était initialement prévue sur cinq ans, de 2021 à 2025. Il convient toutefois de préciser que la composante financée par la BAD a bénéficié d’une prolongation de 18 mois en raison des difficultés liées aux sanctions et suspensions intervenues à la suite des événements du 26 juillet 2023, lesquelles ont affecté l’exécution du projet.

    Pour la dimension relative aux réalisations, il vous revient de l’aborder à travers les constats issus de vos visites de terrain, des témoignages recueillis auprès des communautés et des autorités locales ainsi que de vos propres observations en votre qualité d’agent de communication.

    Cette analyse devra également être replacée dans le contexte actuel de la Refondation, marqué par l’ambition nationale d’atteindre, dans les meilleurs délais, la souveraineté alimentaire.

    À ce titre, votre appréciation des résultats observés, vos analyses sur les changements constatés sur le terrain, ainsi que les recommandations que vous formulerez à l’issue de ces visites et échanges constitueront une importante contribution aux dynamiques en cours au niveau du Ministère de l’Agriculture et de l’Elevage pour l’effectivité de la souveraineté alimentaire et la souveraineté du pays dans son ensemble.

    La PATRIE : Par définition, le ProDAF veut dire, Programme de Développement de l’Agriculture Familiale. En faisant le déplacement sur le terrain, on a constaté que, dans la plupart des cas, les interventions dépassent largement le cadre familial.

    M. Boubacar Altiné, Coordonnateur de la CENRAT:  Le constat que vous évoquez est étroitement lié à l’approche d’intervention mentionnée plus haut, notamment celle des pôles de développement économique et à la nécessité d’inscrire les interventions autour du petit producteur, du caractère familial de l’exploitation agricole et de tout son environnement, y compris les autres systèmes de production jouant un rôle déterminant dans la transformation recherchée au profit des communautés rurales.

    Cette approche repose sur une vision intégrée où l’amélioration des conditions de vie du petit producteur ne peut être envisagée de manière isolée. Elle implique également la prise en compte des infrastructures économiques, de l’accès aux marchés, de l’organisation des producteurs, de la gestion des ressources naturelles, de l’élevage, ainsi que des autres activités génératrices de revenus qui contribuent à la résilience des ménages ruraux vulnérables.

    L’autre élément important est que les projets de la coopération Niger–FIDA constituent avant tout des instruments de mise en œuvre des politiques publiques en matière de développement agricole et rural. À ce titre, ils s’adaptent et s’intègrent naturellement aux priorités définies par les pouvoirs publics, notamment dans le contexte actuel de refondation et de recherche accélérée de la souveraineté alimentaire.

    Cette capacité d’adaptation se traduit concrètement à travers les revues à mi-parcours, les recommandations issues des missions conjointes Gouvernement–FIDA, mais également par la mobilisation d’autres guichets de financement et la promotion de l’approche programme. Cette dernière permet d’inscrire les interventions dans une dynamique coordonnée avec d’autres projets et programmes, porteurs d’actions spécifiques mais complémentaires, afin de renforcer les impacts sur les populations et d’assurer une meilleure cohérence des interventions sur le terrain.

    LA PATIE : Outre le ProDAF et le PRECIS, y a-t-il d’autres projets et programmes financés par le FIDA au Niger, lesquels ?

    M. Boubacar Altiné, Coordonnateur de la CENRAT: A ce niveau, je ne parlerai pas uniquement du Fonds International de Développement Agricole (FIDA), mais plutôt de la Coopération Niger-FIDA, car il est important de rappeler que l’État du Niger contribue également au financement de ces projets. Aussi, depuis quelques années, ces interventions sont financées essentiellement à travers des prêts, et cet aspect mérite d’être souligné, car il impose nécessairement une certaine posture dans la gestion des projets, avec davantage d’exigence en matière de résultats tangibles, durables et mesurables au bénéfice des communautés. Dans ce contexte, la Coopération Niger-FIDA, souvent en partenariat avec d’autres bailleurs de fonds, finance effectivement en plus du ProDAF MTZD et du PRECIS, d’autres projets et programmes de développement, notamment :

    • Le ProDAF Diffa

    Lancé en 2018, il constitue une extension du ProDAF dans la région de Diffa, avec une forte prise en compte du contexte sécuritaire qui caractérise cette zone. Au regard des résultats enregistrés à mi-parcours, le programme a bénéficié en 2024 d’un financement additionnel de 40 millions de dollars, soit un montant équivalent au double de son financement initial. Ce financement additionnel a permis d’étendre les interventions à la région d’Agadez et d’assurer une couverture intégrale de la région de Diffa ;

    • Le Projet d’Accès aux Marchés et d’Infrastructures Rurales dans la région de Tahoua (PAMIRTA) financé par le Coopération italienne pour compléter les investissements au titre du ProDAF MTZD à travers notamment la réalisation des infrastructures des marchés et les pistes de désenclavement dans la région de Tahoua ;
    • Le Programme Conjoint Sahel en Réponse aux défis de Covid-19, Conflits et Changements Climatiques (SD3C), dont l’appellation est assez explicite, un programme Conjoint Sahel et des défis dont les plus actuels sont les conflits et le changement climatique. Ce programme intervient dans les Régions de Diffa et Tillabéri et là également vous conviendrez avec moi que dans ces régions des actions nécessitent une prise en charge harmonisée et coordonnée avec le Burkina, le Mali et le Tchad face à des défis liés aux conflits, aux changements climatiques, actions qui  ne sauraient que s’inscrire dans les priorités et dynamiques en cours.
    • Le Programme Intégré de Gestion des Risques Climatiques en Afrique (GIRCA/AICRM). Pour ce programme aussi, l’appellation est assez illustrative, une gestion intégrée des risques climatiques, axée sur la réduction de l’exposition aux chocs de 229 722 ménages ruraux. C’est un programme stratégique structurant, complémentaire aux investissements du Niger dans la résilience. Son architecture multi-agences (FIDA–BAD–ARC–PAM) permet une montée en puissance coordonnée du système national d’assurance climatique, en synergie complète avec les priorités nationales (CDN, souveraineté alimentaire, gestion des risques et catastrophes).
    M. Boubacar Altiné, Coordonnateur de la CENRAT avec notre Reporter

    Propos recueillis par

    Traoré Daouda Amadou

    Tradam

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