Interview : « Contrairement à ce que certains pensent, le Niger n’est pas isolé », dixit M. Adji Ali Salatou, Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information  

Le Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information, M. Adji Ali Salatou

LA PATRIE : Vous avez, à l’instar de vos collègues membres du Gouvernement, dressé le bilan des actions que vous avez menées depuis que vous êtes à la tête du Ministère de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information. L’Etat étant une continuité, quelles sont les actions phares menées au niveau du Ministère, depuis trois ans que le CNSP est au pouvoir ?

Depuis trois ans, notre département ministériel a concentré son action sur quatre axes prioritaires pour accompagner la continuité de l’État, comme vous le dites si bien, et répondre aussi aux mutations technologiques. D’abord, nous avons procédé à la consolidation des infrastructures numériques : extension du réseau national de fibre optique, renforcement des liaisons internationales et amélioration de la couverture en internet mobile dans les zones rurales avec pour objectif de réduire la fracture numérique. 

Concernant la gouvernance et la régulation, nous avons engagé une mise à jour des textes relatifs aux communications électroniques et aux services postaux, ainsi qu’au renforcement des capacités de l’organe de régulation (l’ARCEP) pour un marché plus transparent et plus équitable autant pour l’état que pour les opérateurs et les citoyens. 

Ensuite, nous avons poursuivi, en la renforçant, la transformation numérique de l’administration par le déploiement de plateformes de services publics et de communication en ligne, la numérisation des procédures administratives et l’appui aux collectivités pour moderniser la gestion locale et favoriser l’inclusion.

Enfin, il est important d’évoquer l’Enquête Nationale TIC 2025réalisée par l’INS en mai 2026 pour guider les politiques publiques. L’importance de cette étude réside dans sa capacité à fournir des données-clés pour piloter la politique digitale, mesurer l’accès aux équipements et orienter les investissements dans le secteur numérique. Elle nous offre les repères indispensables pour évaluer la transition digitale.

LA PATRIE : Avec la téléphonie cellulaire et le développement fulgurant des réseaux sociaux, l’information va vite, très vite même, les rumeurs et les fausses informations avec. En tant que Ministère technique, comment vous percevez cette situation ?

M. Adji Ali Salatou, Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information :

A la faveur de la mobilisation générale, nous avons engagé l’ensemble des acteurs de l’écosystème médiatique dans une vaste campagne de sensibilisation sur la lutte contre la désinformation, la responsabilité, l’intégrité et la sécurité des canaux numériques. Notre attention est accordée non seulement aux médias traditionnels, mais aussi et surtout aux réseaux sociaux dont l’essor est devenu marquant dans la vie quotidienne des Nigériens et dont les pratiques constituent des terrains favorables aux dérives, à la désinformation, à la subversion et à la manipulation cognitive. Actuellement, des propositions concrètes visant à encadrer l’utilisation des réseaux sociaux sont en cours de finalisation, afin de créer un environnement numérique sécurisé.

Cependant, nous sommes conscients que l’information via la téléphonie mobile et les réseaux sociaux est une opportunité pour améliorer l’accès à l’information, mais elle facilite aussi la propagation des rumeurs et des fausses informations. En tant que ministère technique, notre approche est triple : elle consiste dans un premier temps en la prévention par la sensibilisation citoyenne et la formation des journalistes aux vérifications factuelles. Elle consiste également en une réponse structurée, par la mise en place ou le renforcement de plateformes officielles d’information rapide et vérifiée pour contrer les fausses nouvelles, et enfin, cette approche consiste à l’accompagnement technique qu’il faut en matière d’outils de veille et de détection des contenus viraux, de coopération avec les opérateurs et de mise en place de mécanismes agiles pour accélérer les flux d’informations fiables. Dans toutes nos actions, nous privilégions la pédagogie, la transparence et la collaboration avec les professionnels des médias et tous les autres acteurs médiatiques de la société civile.

LA PATRIE : Le monde de l’information, notamment la presse traditionnelle à savoir la presse écrite et la presse audiovisuelle, vit des situations difficiles, en raison de l’implosion du numérique. En tant que Ministère de tutelle, quelles solutions entrevoyez-vous, en plus de celles que les promoteurs déploient eux-mêmes ?

M. Adji Ali Salatou, Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information :

En effet, la transition numérique bouleverse les modèles économiques traditionnels de la presse. C’est pourquoi les médias traditionnels doivent s’adapter, à l’instar des autres acteurs, pour avancer dans un contexte de développement numérique en évolution rapide. Le ministère entend soutenir la presse nationale par des mesures complémentaires aux initiatives privées, notamment par le soutien à la montée en compétences numériques des journalistes et des animateurs des activités d’information et de communication. 

Dans la même lancée, nous venons d’entamer la mise en œuvre de notre stratégie de modernisation et d’harmonisation de la Communication institutionnelle qui consistera à mettre en place les sites web et autres plateformes numériques répondant aux normes modernes et respectant la charte graphique et l’identité visuelle de l’Etat du Niger dans tous les ministères et institutions publiques. Cette action vise à donner une cohérence et une efficacité à la communication gouvernementale et à faciliter l’accès à l’information officielle aux médias.

Déjà, depuis l’an dernier, nous avons facilité l’amélioration de l’environnement réglementaire et fiscal, l’accès aux marchés publicitaires aux médias nationaux à travers l’élaboration d’un projet de loi sur la publicité, ainsi que la création de mécanismes de soutien à la production d’information de qualité, la sécurité et l’amélioration des conditions d’exercice de la presse.

LA PATRIE : Les pays de la Confédération AES ont, pour contrecarrer les rumeurs et les fausses informations les concernant, créé un système d’information à trois niveaux : une Télévision à Bamako, une Radio à Ouagadougou et bientôt, un Journal à Niamey.

M. Adji Ali Salatou, Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information :

Les médias de l’AES sont des supports d’information et de communication dont la ligne éditoriale est alignée sur la volonté des trois pays de l’Alliance des Etats du Sahel de se mettre ensemble dans une stratégie de développement socio-économique et sécuritaire de leur espace. L’objectif clairement exprimé par nos trois Chefs d’Etats, est de s’approprier le narratif sur nos pays et sur leurs choix géostratégiques et politiques.

Nous vivons une époque où l’information est devenue un champ de manœuvre. La guerre n’est plus seulement cinétique : elle est cognitive, narrative, économique. Elle cible les esprits, fragilise les cohésions, détourne les légitimités. Face à la guerre informationnelle, notre réponse s’exprime dans la ligne éditoriale de nos médias, alignée sur la volonté des trois pays de la Confédération des Etats du Sahel de se mettre ensemble, à travers des outils puissants de communication de masse, pour mettre en œuvre une stratégie de communication en appui au développement socio-économique et sécuritaire de l’espace sahélien ; c’est une coopération agissante qui connectera plus de 76 millions d’auditeurs et de téléspectateurs de notre sous-région et de l’Afrique de l’ouest. C’est dire que, contrairement à ce que certains pensent, notre pays n’est pas isolé, tout comme les autres pays de l’espace AES. Le Niger est partie prenante, et de ce fait, de concert avec nos homologues du Burkina Faso et du Mali, nous saluons l’initiative de la Confédération AES visant à créer un dispositif d’information régional structuré composé d’une Télévision basée à Bamako, une Radio basée à Ouagadougou et une Agence de Presse basée à Niamey.

Pour assurer la réussite de notre coopération audiovisuelle, de concert avec mes pairs Ministres de la Communication, nous favoriserons les synergies avec les médias nationaux pour les échanges de contenus et la couverture coordonnée des sujets d’intérêt régional, en veillant à la qualité et à la déontologie de l’information.

M. Adji Ali Salatou, Ministre de la Communication et des Nouvelles Technologies de l’Information :

Absolument ! C’est une date mémorable pour notre peuple. En effet, vous vous rappelez de mémoire, on n’a pas souvenance d’une mobilisation aussi unanime, d’une détermination à toute épreuve, et d’une résilience jamais égalée. Aujourd’hui, nous sommes fiers de ce que nous avions fait pour notre pays. Mais, pour autant, nous ne devons pas dormir sur nos lauriers. Le chemin est encore parsemé d’embuches. Et, cette date anniversaire du 26 juillet doit être mis à profit, comme du reste l’a décidé le Gouvernement, pour implorer Allah, le Tout Puissant, pour qu’il descende sa clémence dans notre pays et nous préserve des forces du mal. Je voudrais aussi saluer le dynamise et l’engagement de votre Magazine LA PATRIE qui est né à la faveur des évènements libérateurs du 26 juillet 2023 et dont le numéro 00 est paru, si ma mémoire est bonne, au mois de novembre 2023 pour marquer les 100 jours du CNSP.  

Propos recueillis par

Traoré Daouda Amadou

Tradam

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