
Malgré l’urgence évidente face aux multiples défis climatiques, le Niger est confronté à un déficit de financements climatiques, principalement en raison du manque d’expertises nationales à même d’élaborer des projets éligibles au Fonds Vert pour le Climat (FVC) et autres institutions financières internationales similaires. Pour accompagner le Niger dans l’amélioration des financements climatiques, la Commission Climat pour la Région du Sahel (CCRS), avec l’appui financier du Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF), a organisé en juillet 2026 à Niamey, un Atelier de formation à l’intention de 18 acteurs de différents secteurs, pour constituer un Pôle national d’experts du Fonds Vert pour le Climat (FVC). L’enjeu est de mobiliser suffisamment de fonds pour faire face aux défis climatiques, renforcer la résilience des populations vulnérables et sauvegarder les Droits fondamentaux de l’Enfant.
Cinq (5) jours durant, les 18 experts nationaux sont outillés sur les conditions d’éligibilité au FVC et l’élaboration de projets structurants et bancables, entre autres. Dans les propos recueillis en marge de cet atelier, M. Boubacar Djibo, Spécialiste de Programmes CCRS, a indiqué que le mécanisme de financement du Fonds Vert pour le Climat est un mécanisme méconnu au Sahel. « Nos pays qui sont moins responsables des émissions de gaz à effet de serre, sont injustement ceux qui subissent de plein fouet les méfaits du changement climatique. Mais, malheureusement ces pays ont un accès très limité aux financements climatiques à grande échelle, en raison du manque d’expertises locales dans la formulation des projets à soumettre au Fonds Vert pour le Climat », a expliqué M. Boubacar Djibo.
Il a ajouté qu’au Niger, les températures en hausse, les pluies irrégulières et la dégradation des sols menacent l’agriculture pluviale, l’élevage, la sécurité alimentaire, et aggravent la pauvreté des ménages, l’insécurité et les conflits pour les ressources en eau et en terres. Les chocs climatiques réduisent également l’accès aux services sociaux de base, provoquent des situations sanitaires d’urgence, la déscolarisation des enfants, entre autres. « Les enfants sont les plus exposés aux situations de vulnérabilité engendrées par les phénomènes climatiques », a-t-il relevé.
Le Spécialiste de Programmes CCRS a annoncé que le Niger vient de finaliser la version 3 de sa Contribution Déterminée au niveau National (CDN.3) qui est évaluée, pour sa mise en œuvre, à environ 17 milliards de dollars. « C’est assez ambitieux, mais c’est aussi légitime eu égard à l’insignifiance de la responsabilité du Niger dans l’émission de gaz à effet de serre et l’ampleur des défis climatiques auxquels le pays est confronté », a-t-il souligné. Pour M. Boubacar Djibo, la mobilisation de ces financements incombe à toutes les parties prenantes, notamment les acteurs étatiques, les acteurs de la société civile, les partenaires techniques et financiers, et d’autres organismes, qui déploient des efforts dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. « Et cette formation qui réunit ces différents acteurs, nous permettra déjà d’avoir deux notes conceptuelles alignées aux standards du Fonds Vert pour le Climat », a-t-il rassuré.

Participant également à l’Atelier, le Secrétaire Général de la Plateforme de la Société Civile Nigérienne sur le Changement climatique, M. Sani Ayouba, a, pour sa part, confié que dans le canevas de formulation de projet en lien avec cette formation, il y a l’analyse de la vulnérabilité. Et en faisant l’analyse de la vulnérabilité, on comprend aisément qu’au Niger, comme dans la plupart des pays, les enfants sont les plus vulnérables face aux crises climatiques. « Alors, dans la formulation des projets, nous sommes tenus de proposer des initiatives, des activités, ou des projets entiers, visant à réduire cette vulnérabilité. Par exemple, dans le projet d’adaptation que nous sommes en train d’élaborer dans le cadre de l’activité, il y a un volet en lien avec l’accès à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Et on sait très bien que ce sont des notions qui font partie également des droits des enfants », a-t-il expliqué. Aussi, selon le Secrétaire Général de la Plateforme de la Société Civile Nigérienne sur le Changement climatique, en renforçant la résilience des familles, en protégeant les terres, en améliorant les rendements agricoles, on contribue à maintenir certains droits fondamentaux des enfants, notamment, le droit à l’éducation, le droit à l’alimentation, le droit à la santé.
« Au Niger, la plupart des projets climatiques, dans leur mise en œuvre, contribuent énormément à l’atteinte des droits des enfants et des droits de l’homme. Donc nous veillerons à ce que ces droits-là soient pris en compte non seulement dans la formulation des projets, mais également dans les actions spécifiques », a-t-il rassuré.
Selon plusieurs études concordantes, les enfants du Niger figurent parmi les plus vulnérables au monde face au réchauffement climatique. Les vagues de chaleur extrême, la récurrence des sécheresses et des inondations dans ce pays sahélien, menacent régulièrement les Droits fondamentaux de l’Enfant, notamment le droit à la vie, à la protection, à la santé et à l’éducation. En effet, ces phénomènes climatiques provoquent la malnutrition, la propagation de maladies comme le paludisme et le choléra. Ils détruisent également des écoles et des habitations, privant ainsi plusieurs milliers d’enfants d’éducation, d’eau potable et de loisir. Ainsi, comme l’a souligné la Représentante par intérim de l’UNICEF dans son intervention à la cérémonie d’ouverture dudit Atelier : « ces défis climatiques ne sont pas uniquement des questions environnementales ; elles sont avant tout des questions de Droits de l’Enfant ».
Boubacar Hamani LONTO